Logo Université Laval Logo Université Laval

Le département

Toutes les nouvelles
Avis important
10 septembre 2018

Hommage à Marcel Juneau, fondateur du Trésor de la langue française au Québec

Marcel Juneau, professeur retraité du département de langues, linguistique et traduction, est décédé à Québec le 24 août 2018 à l’âge de 75 ans. Il était né à Saint-Augustin-de Desmaures le 27 juin 1943. Après avoir obtenu une licence ès lettres et un diplôme d’études supérieures à l’université Laval, il s’est inscrit en 1968 à l’université des Sciences Humaines de Strasbourg où était implanté le centre de philologie romane le plus réputé de France à l’époque. Sous la direction de l’éminent romaniste George Straka, il réalise sa thèse de doctorat en deux ans et complète sa formation en dialectologie pendant un an à l’Institut de linguistique romane Pierre Gardette de Lyon. Pendant ces trois années d’études en France, il a vu défiler les plus grands spécialistes d’Europe dans les domaines de la linguistique historique et de la géographie linguistique. Strasbourg et Lyon étaient des lieux de passage obligés pour ces conférenciers internationaux. En juin 1971, il est engagé comme professeur à l’université Laval.

Dès son arrivée au département de langues et linguistique, ainsi nommé à l’époque, il s’entoure d’étudiants auxquels il communique sa passion pour l’histoire du français québécois qui a fait l’objet de son mémoire de maîtrise et de son doctorat. Avec une petite équipe, il entreprend de vastes dépouillements des documents d’archives, puis de journaux, de textes littéraires, etc. dans le but de réunir la documentation nécessaire à l’édification d’un grand dictionnaire historique. En 1972 paraît son premier livre intitulé Contribution à l’histoire de la prononciation française au Québec. Étude des graphies des documents d’archives, qui demeure encore aujourd’hui une référence incontournable. En 1977, il décroche avec Micheline Massicotte et Claude Poirier une importante subvention de recherche pour le projet du Trésor de la langue française au Québec. L’aventure du Trésor était lancée. Ce projet avait un potentiel énorme comme le démontre le fait qu’il ait été subventionné pendant quatre décennies, sans interruption.

La carrière de Marcel Juneau n’a duré qu’une douzaine d’années. En 1983, des problèmes de santé l’obligent à mettre fin abruptement à ses activités de professeur. Dans cette courte période, il aura réalisé une production scientifique remarquable. Il a dirigé deux thèses de doctorat et dix-sept mémoires de maîtrise. Parmi ses étudiants, quatre ont obtenu un poste de professeur à notre département (Micheline Massicotte, Claude Poirier, Claude Paradis et Claude Verreault). Il a publié une trentaine de livres et articles scientifiques, sans compter les comptes rendus, tout en administrant d’importantes subventions de recherche et en animant l’équipe qu’il avait constituée.

Les étudiants d’aujourd’hui et la plupart des professeurs actuels ne connaissent pas Marcel Juneau, ou du moins ne l’ont jamais rencontré. Il n’en reste pas moins que son action a eu sur notre unité d’enseignement et de recherche des répercussions qui se font encore sentir, notamment quant à la réputation que notre département s’est acquise à travers le monde. L’objectif de Marcel Juneau, qui était de valoriser le français québécois en faisant connaître son histoire, a mobilisé près de 250 étudiantes et étudiants dont plusieurs deviendront des chercheurs professionnels. Ils se sont succédé pendant une quarantaine d’années dans les locaux du Trésor qu’un visiteur européen, impressionné par l’atmosphère de travail qui y régnait, a comparé un jour à une ruche d’abeilles bourdonnantes. Le centre de documentation et de formation que Marcel Juneau a mis sur pied s’est classé parmi les meilleurs laboratoires de linguistique dans le monde francophone et a attiré au fil des ans plus de 125 stagiaires internationaux, jusqu’en 2011.

Le Dictionnaire historique du français québécois, paru en 1998, est une réalisation qui découle du projet initial planifié par cet audacieux visionnaire qui a su canaliser et multiplier les énergies de ses premiers collaborateurs des années 1970. Ceux-ci ont transmis son enthousiasme aux générations de jeunes chercheurs qui ont pris la relève. Celles et ceux qui ont ainsi été formés au TLFQ occupent aujourd’hui des postes dans des universités canadiennes et étrangères, dans des cégeps, dans des écoles, dans des ministères fédéraux et québécois, à l’Office québécois de la langue française et dans divers autres milieux. Le nom de Marcel Juneau restera attaché à une belle et fructueuse aventure dont l’amour de la langue française parlée chez nous a été le carburant.