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Recherche

Projet CoPho (contraintes en phonologie)

Responsable : Carole Paradis

Date de création du regroupement : 1er janvier 1988

Portée scientifique de la recherche

Existe-t-il un lien entre les « erreurs » que commettent les enfants en apprenant une langue, les transformations que l'on fait subir aux mots qu'on emprunte à d'autres langues et les problèmes des personnes qui souffrent de perturbations à la communication appelées aphasies? C'est la question à laquelle tente de répondre le projet COPHO.

Le projet COPHO est un groupe de recherche interdisciplinaire et interuniversitaire en phonologie générative. Les travaux s'effectuent principalement sur la base de la Théorie des contraintes et stratégies de réparation (TCSR) élaborée par Carole Paradis en 1987 au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston. Une équipe dynamique de chercheurs se penche sur des questions à portée pratique et théorique comme l'adaptation phonologique d'emprunts dans des langues (européennes, africaines, sino-japonaises, etc.) ainsi que sur l'étude des pathologies du langage, principalement de patients aphasiques.

À ce jour, le projet COPHO a construit les plus gros corpus d'emprunts lexicaux au monde étudiés d'un point de vue phonologique. L'application de la TCSR aux emprunts permet d'observer que les alternances phonologiques (soit la disparition, l'apparition ou la modification d'un son) proviennent de violations de contraintes inhérentes au système phonologique d'une langue et de la réparation de ces violations. Ainsi, l'espagnol et l'anglais, contrairement au français et au portugais, ont une « contrainte » qui les empêche d'avoir des voyelles nasales. C'est ce qui explique, par exemple, que, si l'anglais emprunte un mot français avec la voyelle nasale en comme dans entrée, il y aura violation de la contrainte anglaise prohibant les voyelles nasales. L'anglais devra « réparer » ce problème en modifiant la prononciation du mot emprunté (voyelle nasale > voyelle orale + consonne nasale). De même, lorsque le français québécois emprunte that's it à l'anglais, il doit transformer l'interdentale th, qu'il ne tolère pas, en l'adaptant à sa propre structure (th > d). En somme, la réaction de rejet qu'ont les langues face à certains éléments étrangers ressemble au comportement des organismes vivants face à des microbes ou des virus.

Les chercheurs du groupe montrent que les paraphasies (les erreurs de langage produites par les patients aphasiques) ainsi que les erreurs en acquisition et en parler normal sont aussi le résultat de violations de contraintes et de leur réparation. L'étude des emprunts permet de mieux comprendre l'aphasie: les personnes qui souffrent de cette perturbation de la communication, un peu à la manière des enfants qui font l'apprentissage du langage, ont plus de « contraintes » que les sujets adultes normaux, étant donné la détérioration ou la non-maturité de leur cerveau. Dans ce cas, les mots courants de la langue maternelle sont parfois perçus comme des mots « étrangers », c'est-à-dire comme des emprunts mal formés. Ces violations entraînent l'application de stratégies de réparation, qui sont à l'origine des paraphasies; par exemple, le remplacement d'une unité phonologique par une autre, comme dans namour pour amour ou gétant pour géant. Les chercheurs du projet COPHO sont les premiers à faire ressortir des patrons d'erreurs communs au parler des aphasiques, des locuteurs normaux et des enfants et à montrer qu'il existe un lien certain entre l'adaptation des emprunts et les erreurs de langage. Les deux sont motivées par des contraintes phonologiques et sont gouvernées par les principes de la TCSR. Ainsi, les recherches du projet COPHO appuient le postulat de base de la grammaire générative qui stipule qu'il existe des mécanismes profonds sous forme d'universaux et de contraintes dans le cerveau, qui permettent de générer et de gérer le langage chez tout être humain.

Portée pratique de la recherche, application ou transfert technologiques

  • Permet l'élaboration d'exercices de rééducation plus appropriés pour les patients aphasiques, fort utiles aux orthophonistes.
  • Entraîne la constitution d'immenses corpus d'emprunts, les plus gros existants transcrits en alphabet phonétique international, qui sont, pour la plupart, annexés à la fin des mémoires et thèses des étudiants oeuvrant au sein du projet COPHO. Ces précieuses bases de données, en plus de constituer des ouvrages de référence en soi pour les gens qui s'intéressent aux emprunts lexicaux, sont aussi extrêmement utiles aux phonologues à cause de toutes les adaptations phonologiques dont les emprunts font l'objet.